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Plénière par Pascal Brunet, Directeur du Relais Culture Europe

« Réfléchir à l’échelle européenne nous permet de prendre un peu de distance par rapport à notre quotidien et d’élargir notre vision des choses », précise Simon Pourret en introduction à l’intervention de Pascal Brunet.

« Où en est-on de l’Europe et de la culture dans les réflexions à Bruxelles ? », telle est la question autour de laquelle vont s’articuler les propos de Pascal Brunet. Il insiste sur le fait que nous sommes dans un moment très particulier, une période de croisements de crises qui est difficile à comprendre. Il est peut-être encore plus difficile d’imaginer qu’une crise a une fin ; c’est sous cet angle-là que Pascal Brunet nous invite à regarder, du côté de la fin de la crise et de la façon dont nous allons rebondir.

En préambule, Pascal Brunet se réfère à une citation de Jean Monnet : « Vous êtes en plein affolement puisqu’il y a une crise, mais de la crise sortira un mieux. » « On essaie de penser la culture ainsi, en terme de rebond, ce qui nous amène à réfléchir sur notre rôle », poursuit Pascal Brunet. Trois enjeux sont présentés : un enjeu au regard de nos sociétés européennes ; un enjeu pour nos territoires ; un enjeu pour notre économie.

« Nous sommes dans un monde qui se réorganise et ce changement de polarités nous pose beaucoup de problèmes ; mais peut-être que cela peut aussi nous permettre de voir l’Europe autrement, de la construire autrement par rapport au monde », avise Pascal Brunet.

1 – Un enjeu au regard de nos sociétés européennes

Un défi pour la société européenne : une histoire de représentation. Cette question de représentation est une question-clé quant à notre position dans le monde. Il y a ce que nous croyons être, ce que nous aimerions être et ce que nous sommes. Que voulons-nous défendre ?

Pascal Brunet porte alors à l’attention de l’assistance cette citation de Paul Klee : « Vous savez le peuple manque,… ». « Il n’y a pas d’oeuvre d’art qui ne fasse pas appel à un peuple qui n’existe pas encore. »

Pascal Brunet estime que c’est l’un des travails à faire : se demander où est le peuple. Il y a une nécessité urgente à s’interroger et à agir par rapport à cette crise.

2 – Des enjeux pour les territoires : le défi de l’ouverture

« Nous avons des responsabilités par rapport à cette question. Aujourd’hui, le défi, plus que celui de l’attractivité des territoires, c’est celui de l’ouverture et de notre capacité à nous situer dans le monde, à nous saisir de ce monde nouveau où l’économie numérique représente de nouveaux outils pour fabriquer de la connaissance d’une autre manière, par l’interconnexion, l’interaction, de manière beaucoup plus collective, beaucoup plus horizontale. Que vont être nos territoires dans ce monde ? Le "bien chez soi" ne suffit peut-être pas pour relever les enjeux d’aujourd’hui. Il faut savoir nous situer dans quelque chose de plus large que notre secteur très fermé », avance Pascal Brunet.

L’un des enjeux est donc de s’ouvrir et de rebondir et pour cela il y a une nécessité absolue à travailler avec les collectivités quant à la présence des acteurs. La coopération et la solidarité sont capitales pour évoluer. La coopération s’est mise en place en Europe mais la France ne s’est pas beaucoup engagée dans ce processus de collaboration. « Il va falloir s’y mettre », assure Pascal Brunet. La France a cette difficulté à relever : trouver les outils pour collaborer. Nous avons des mutations à accomplir.

3 – Des enjeux économiques : le défi de l’invention

Capacité de se représenter, de s’ouvrir mais surtout d’inventer des modèles économiques en France ; là est l’enjeu capital. Pascal Brunet informe, à titre d’exemple, qu’aujourd’hui, plus de 40% des ventes d’art se font en Chine. Paris est très loin derrière. En France, en tant qu’européens, nous devons trouver les moyens pour exister dans ce monde. Il nous faut saisir, dans ce défi économique, la possibilité de (re)devenir inventif. Google, Amazon, Facebook … sont des inventions américaines ; nous sommes en retard et il faut s’y mettre.

« Résumer le soutien à la culture au soutien à la création, cela ne suffit pas ! Nous avons à questionner et à repositionner tout cela », proclame Pascal Brunet. Cette dynamique est au travail et en France, nous y sommes peu. La France est peu engagée dans ce mouvement et il est important de réagir pour s’inscrire dans le processus européen.

Conclusion

L’espace européen se renouvelle. Un programme Europe Créative, qui intègre notamment la question de l’innovation sociale, se met en place ; à Bruxelles, les réflexions sont en cours et la France est peu présente. Si cet élan est donné, il va falloir en être acteur. Il faut avoir conscience de l’énorme enjeu de la représentation et de l’invention.

« Les réflexions qui sont faites sur les grandes plateformes des commissions européennes, c’est que le secteur de la culture est extrêmement difficile, les choses sont très compliquées lorsque des décisions doivent être prises. Du coup, c’est impossible de faire avancer les choses. Bilan : on ne sait pas faire, on ne sait pas se positionner sur ces plateformes. Il devient urgent de communiquer, entre nous d’abord, mais aussi avec les autres secteurs », avertit Pascal Brunet.

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Solange Charlot, Directrice du Théâtre des Sept Collines, s’adresse à Pascal Brunet : « Vous avez dit : « à la Direction Générale de la Culture, à Bruxelles, on réfléchit et nous n’y sommes pas ». Le "nous", c’est nous ; mais moi, je veux bien y être, mais on ne m’a pas invitée. Comment fais-je pour y être ? Comment faisons-nous pour y être ? »

« Il est vrai qu’on ne viendra pas nous chercher. Il faut être extraordinairement volontariste », répond Pascal Brunet. « D’autres pays qui ont beaucoup moins de moyens que nous y parviennent. La construction européenne met en lumière la question de notre capacité, et pour le moment notre capacité est franchement remise en cause », affirme Pascal Brunet.

« L’isolement est un vrai problème. On ne peut pas faire de collaborations si on ne connaît personne. Or, la France a un vrai problème de méconnaissance des autres pays européens. Aujourd’hui, l’enjeu est mondial et il faut absolument réussir à construire, à faire des consortiums européens, à trois ou quatre pays - tout seul, ce n’est pas possible -, pour aller, par exemple, en Corée. »

Simon Pourret renvoie au document « Culture et politique de cohésion 2014-2020 – Campagne de mobilisation – Rejoindre la plateforme culture 2020 – www.plateformeculture2020.eu ».

Cela concerne la stratégie 2014-2020 qui va fixer le cadre des projets à venir notamment autour des thématiques : intelligent ; durable ; inclusif.