DYNAMIQUES
DES ARTS
VIVANTS
EN MASSIF CENTRAL

L'ACTUALITÉ DES DAV

Les Tribunes Libres

Les rencontres Dynamiques des Arts Vivants ont voulu donner, cette année, un espace d’expression qui puisse être investi par tous les participants. L’idée des tribunes libres est de se donner le temps de la discussion non contrainte et de la
contribution au débat global sur la place des arts et de la culture dans le projet de société que nous voulons pour demain et faire progresser ainsi l’idée de la nécessaire reformulation des politiques publiques de la culture.

Le champ de la discussion : L’artiste dans la société en crise.

La règle du jeu : s’inscrire et proposer la question qui sera mise en débat.

Simon Pourret ouvre ces tribunes libres : « Nous sommes dans un monde de moins en moins pyramidal, de plus en plus horizontal et dans la transversalité. Certains vont même jusqu’à dire que la pyramide s’est inversée et que ceux qui étaient en haut se retrouvent en bas ».

Quatre thématiques vont être abordées lors de ces tribunes libres :
- La création et la résidence en lien direct avec la population rurale ;
- L’accueil de résidence et la médiation culturelle ;
- La problématique artiste / création / développement ;
- Les partenariats entre secteur public et secteur privé.

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Une expérience de résidence d’artiste en milieu rural

Hélène Guers, metteur en scène de la compagnie Cont’acte, présente son expérience.
Hélène Guers est conteuse. Elle a travaillé dans des zones rurales différentes, ce qui lui a permis d’enrichir sa pratique et sa réflexion. Elle a réalisé de nombreuses interventions en maisons de retraite et constaté une gène d’être enfermé dans les murs. « Ne serait-il pas plus intéressant et profitable d’aller chercher les gens chez eux ? ». Elle a expérimenté cette approche qui permet un échange de paroles, une relation plus riche, de la transversalité et de l’intergénérationnel.

Hélène Guers a été accueillie en résidence d’artiste par le Théâtre de Pierres et en parle comme d’une belle réussite. Cette résidence a très bien fonctionné grâce à la relation et aux liens tissés avec la population locale.
« Pour qu’une résidence d’artiste soit réussie, il faut vraiment accomplir un travail auprès de la population, établir un lien, pour que le projet prenne. Le terrain, le territoire, pour un artiste, c’est un peu comme pour un cultivateur, si on arrive sur un terrain sec avec nos graines, cela ne fonctionne pas, l’artiste ne peut pas tout faire tout seul. D’où l’importance qu’un travail de médiation et de sensibilisation soit effectué aussi en amont », affirme Hélène Guers.

L’accueil de résidence et la médiation culturelle

Florent Labarre, médiateur culturel de la commune de Billom (63), prend la parole pour présenter le dispositif de résidence d’artistes de la commune de Billom et aborder la question de la médiation culturelle. Le lieu qui accueille des artistes en résidence à Billom est l’Espace du Moulin de l’Etang. Plus de 300 dossiers de demande de résidences d’artistes ont été adressés à la commune en 2013. Le nombre de demandes a doublé entre 2012 et 2013.

Les résidences d’artistes : présentation du dispositif

La ville de Billom : une politique culturelle d’aide à la création :
- mise à la disposition d’un artiste ou d’un groupe d’artistes de moyens techniques, moyens logistiques, moyens financiers ;pour concevoir, écrire, achever, produire une oeuvre nouvelle ou pour préparer et conduire un travail original.

L’Artiste : une immersion dans son œuvre et dans un territoire
- une présence active ;
- une contribution à la politique de recherche et d’élargissement des publics de la ville de Billom.

Descriptif de l’aide :
- mise à disposition de l’Espace du Moulin de l’Etang (locaux, équipement technique, régisseur…) ;
- prise en charge de l’hébergement ;
- aide financière d’un montant de 1000 € à 3000 € (selon la durée de résidence : de 1 à 3 semaines).

Les contreparties demandées à la compagnie
La compagnie/le groupe sélectionné/e s’engage à :
- avoir une présence active au sein de la commune et créer du lien social (selon les projets : ateliers, interventions, rencontres,
répétitions ouvertes, etc.), être dans une démarche d’échanges ;
- faire une présentation publique du travail en cours en fin de résidence ;
- mentionner le partenariat avec la commune de Billom sur tous les supports de communication relatifs à la création réalisée dans
le cadre de la résidence.

Modalités de sélection d’un dossier
La présentation du dossier de candidature est libre mais doit comporter les éléments suivants :
- les motivations pour venir travailler à Billom et sur son territoire ;
- une présentation de l’artiste ;
- le projet de résidence (intention, descriptif) ;
- le travail envisageable en direction de la population et en lien avec la création ;
- la période de résidence souhaitée (d’une durée de 1 à 3 semaines selon l’envergure du projet).

Critères de sélection
La commission examine les projets au regard des critères suivants :
- la présentation du projet : clarté, intérêt artistique du projet ;
- le rayonnement du projet, en particulier en matière de diffusion ;
- la pertinence du choix du Moulin de l’Etang pour le projet de création ;
- la compatibilité des calendriers des projets et du planning des résidences déjà retenues ;
- la qualité de la collaboration entre les partenaires porteurs des projets ;
- les actions prévues de médiation avec la population billomoise ;
- la faisabilité financière et technique.

La décision est ensuite votée au conseil municipal de Billom.

En chiffres...
- en 2013 : 304 dossiers reçus ; en 2012 : 143 dossiers reçus ; en 2011 : 76 dossiers reçus ;
- 17 semaines de résidences ;
- budget : 16 500 € ;
- nombre de compagnies/groupes accueillis : une dizaine par an (13 en 2013-2014) ;
- 1500 personnes ont assisté en 2012 aux présentations de sortie de résidences.

Autour de la médiation culturelle
Le médiateur culturel est un « passeur de culture ». Il participe à la rencontre entre l’artiste, le citoyen, l’œuvre. La médiation culturelle implique les notions « d’animation culturelle » et « de développement de publics », ce qui nécessite la mise en œuvre d’actions qui permettent de faire le pont entre le citoyen et l’offre culturelle professionnelle. Le médiateur culturel doit œuvrer, par une présence active, à la transmission de la culture.

La Fonction du médiateur culturel
- garant du projet et de la politique culturelle de la ville : résidences ;
- garant de la liberté artistique face au risque d’instrumentalisation ;
- connaissance de l’artiste, de son projet, des acteurs du territoire ;
- mise en relation entre l’artiste et les acteurs du territoire ;
- implication dans les partenariats.

La problématique artiste / création / développement

Sylvia Courty, présidente de Boom’structur, pôle de recherche et d’accompagnement pour jeunes créateurs en Arts de la Scène, est invitée à partager ses réflexions. Le thème qu’elle souhaite aborder est celui de la création artistique : interroger l’artiste et son travail, l’artiste au travail, en regard des restrictions budgétaires.
« Et si on en profitait pour en faire moins », lance Sylvia Courty.
Elle part du constat qu’aujourd’hui on produit énormément, il y a beaucoup de spectacles, les diffuseurs croulent sous les propositions. « Peut-être peut-on faire moins de quantitatif et plus de qualitatif, moins de choses visibles et plus d’invisibles », avance-t-elle. Cela oblige bien sûr à s’interroger et à se repositionner. « Produisons moins, mais mieux. Cela permettrait peut-être de s’inscrire davantage dans le développement durable. Ne peut-on pas considérer la crise comme une opportunité pour repenser les choses ?

S’interroger sur la chaîne de production, sur l’offre et la demande. Il ne s’agit pas de dire qu’il y a trop de créateurs mais qu’il y a trop de créations. Peut-être est-il nécessaire de repositionner l’indice de la qualité artistique », poursuit Sylvia Courty.

Hélène Guers intervient pour souligner qu’en effet, le temps de gestation est capital pour la maturité d’un spectacle.

Les partenariats entre acteurs publics et acteurs privés

Jérôme Moreau, agent de développement local / chef de projet, au Pays de Saint-Flour Haute-Auvergne, prend la parole : « Je vais davantage amener des questions que des réponses », précise-t-il. La question qui l’intéresse est de savoir quels sont les partenariats qui peuvent être mis en oeuvre entre les acteurs publics (les collectivités territoriales, l’Etat) et les acteurs privés.
« Comment définir ensemble une politique culturelle de développement local, une stratégie culturelle de territoire adaptée à la réalité du territoire sur lequel on se trouve ? » interroge-t-il. Comment convaincre les élus que la culture est un levier considérable pour le développement local ? Il est impératif de trouver des solutions pour mettre les différentes sphères en relation.

La parole est alors donnée à la salle afin d’ouvrir le débat.

Anaïs Marty, chargée de mission à Ardes Communauté réagit à l’intervention de Sylvia Courty quant à la question de la durée de création d’une oeuvre qu’elle met en relation avec la question de la nécessité de l’ouverture de l’artiste à d’autres champs. « Comment concilier cela ? » interroge Anaïs Marty.

« Il y a un temps pour tout : un temps pour la création qui nécessite de la liberté et du temps et un temps pour l’ouverture. Les deux ne sont pas antinomiques », affirme Sylvia Courty.

Simon Pourret intervient à son tour : « C’est souvent la logique institutionnelle qui a créé des cloisonnements. Les artistes et les projets ont besoin de liberté, les institutions ont besoin de cadres ; il y a une synthèse qui n’est pas simple à faire », estime-t-il. « C’est là aussi que le travail de médiation est important. Est-ce à l’artiste de faire cette médiation ? » pointe Sylvia Courty.

« La question du financement de l’artiste et de la nécessité de la diffusion me semble capitale », avance Danielle Rochard, comédienne du Wakan Théâtre. Sylvia Courty répond que la moyenne de diffusion d’un spectacle, c’est 4 représentations. Ce qui est très peu. « S’il y a moins de spectacles, il y a aussi un espoir qu’il y ait plus de diffusion », plaide-t-elle.
« Les artistes vont-ils devoir attendre trois ans avant d’être salariés ? » demande Dominique Touzé, metteur en scène du Wakan Théâtre.

« L’idée serait que les artistes soient rémunérés pendant ce temps de travail », répond Sylvia Courty. « Qu’en dirait le contribuable ? Le fait est que je vois des spectacles de plus en plus petits, de moins en moins travaillés, des spectacles qui se vendent de moins en moins cher. Je ne peux donc pas dire que la crise m’apparaisse comme une opportunité », ajoute Dominique Touzé.

« La question n’est pas de prendre les choses de façon positive mais de les prendre comme elles sont et de réfléchir à un repositionnement de l’artiste dans la société », tempère Simon Pourret.

Les tribunes libres se terminent. Simon Pourret remercie l’ensemble des intervenants et des participants et tout particulièrement les hôtes de ces rencontres, Solange Charlot, ainsi que toute l’équipe du Théâtre des Sept Collines, Damien Morisot et la SMAC pour la grande qualité de leur accueil.

Ainsi s’achèvent ces rencontres qui se sont avérées riches d’échanges, de partage, de réflexions et d’enseignements. Tant de choses restent à faire, à inventer, à développer… que le débat reste ouvert et à poursuivre.