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Atelier 4 – La diffusion musicale des artistes professionnels dans les lieux de musiques actuelles en 2011

Animation : Damien Morisot, directeur Des Lendemains Qui Chantent et Romain Mercier, chargé de mission aux Lendemains Qui Chantent.

La FEDELIMA (Fédération des lieux de musiques actuelles) en partenariat avec le CNV (Centre National de la chanson des Variétés et du jazz), le RIF (Réseau en Île-de-France) et le SMA (Syndicat des Musiques Actuelles) a conduit en 2012 une étude sur la diffusion musicale des artistes professionnels dans les lieux de musiques actuelles.

Cette étude, qui faisait suite et élargissait celle publiée en 2012 par le CNV et depuis quatre années par le RIF, propose d’analyser précisément la programmation des lieux de musiques actuelles de petite et moyenne jauges en France et d’interroger les questions de diversité artistique et culturelle et d’équité territoriale.

Ce focus sur l’activité de diffusion dans les lieux de musiques actuelles servira de base à un échange, dans une perspective comparative, autour de la diffusion du spectacle vivant.

Après un tour de table, Damien Morisot propose de laisser la parole à Romain Mercier afin qu’il fasse la présentation de cette étude. Cette étude a été menée en 2012 et 2013 auprès de 122 lieux de musiques actuelles répartis sur l’ensemble du territoire national. « Le but de cette étude était d’avoir des données précises sur la diffusion de spectacles et surtout sur l’économie de la diffusion dans les lieux de musiques actuelles. Cela faisait suite à des idées reçues et des remarques quant aux programmations qui seraient homogénéisées et au fait que l’on retrouverait toujours les mêmes artistes diffusés dans ce réseau de lieux. L’idée était donc de vérifier cela avec des données précises », situe Romain Mercier.

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Quelques définitions

- diffusion musicale : action proposée à des publics en lien avec des spectacles musicaux et des concerts professionnels dans un lieu de musiques actuelles ou en rapport.
- artiste professionnel : tout musicien-artiste rémunéré de façon légale au titre de sa prestation scénique.
- scènes de musiques actuelles : le terme est rattaché à l’histoire du label SMAC (Scènes de Musiques Actuelles) ; il s’agit de l’ensemble des lieux dédiés aux musiques actuelles et pas seulement les lieux labellisés (dans l’étude menée, environ la moitié concerne des lieux labellisés et l’autre moitié des lieux non-labellisés).

Méthodologie de l’étude

« Cette étude s’est appuyée sur une méthode quantitative de recueil d’informations par questionnaire. Nous nous sommes basés sur un tableur de programmation issu des dossiers de demande de subventions à la commission 7 du CNV (aide à la diffusion pour l’ensemble des scènes de musiques actuelles) qui présente des informations date à date. S’appuyer sur ce questionnaire-type produit par le CNV a déjà été un premier filtre, l’échantillon concernant uniquement les lieux ayant déposé une demande d’aide à la diffusion auprès de la commission 7.

Ont étés ajouté à l’étude, des lieux n’ayant pas fait cette demande d’aide au CNV et à ont été adressé un tableur de programmation vierge à remplir, précise Romain Mercier. Pour prétendre à l’aide à la diffusion, un dossier doit être rempli chaque année.

Il y a plusieurs critères d’attribution de cette subvention par le CNV, notamment : le nombre de concerts, le ratio de fréquentation par rapport à la ville et à lajauge, la légalité des contrats de cession.

Trois grandes parties sont à renseigner dans ces dossiers de demande d’aide :
- le type d’utilisation de la salle : production et coproduction, location de la salle, mise à disposition gratuite ; concerne notamment la jauge, la billetterie, les tarifs ;
- le genre de spectacle : chanson, comédie musicale, jazz et musiques improvisées, pop-rock et assimilés, rap/hip-hop/reggae et assimilés, musiques électroniques, musique traditionnelle ;
- le type de contrat : engagement, coproduction, coréalisation, cession, pas de contrat, inclus dans un autre contrat.

« Parallèlement, un travail qualitatif a été réalisé à partir d’entretiens pour recueillir des pistes d’analyse auprès des programmateurs et auprès des producteurs », informe Romain Mercier. Toutes ces informations recueillies ont été importées dans une base de données et un travail de tri, de « nettoyage » et de traitement des résultats a été effectué.

Cartographie des lieux de musiques actuelles – Représentation spatiale

L’intégralité des lieux de musiques actuelles n’apparait pas sur le document de l’étude, sont visualisés uniquement les 122 lieux étudiés. On voit que ces structures constituent un panel assez large qui couvre l’ensemble du territoire. Avec, en toute logique, une concentration en Île-de-France (26% du panel se situe en région parisienne). Certaines régions ont très peu de lieux : l’Alsace, la Normandie, la Champagne-Ardenne, le Languedoc-Roussillon.

Repères divers

Les lieux de musiques actuelles sont implantés pour 54,9% dans des agglomérations.
Le statut juridique : majoritairement des associations loi 1901 : 81%, le reste étant constitué de collectivités et de lieux privés.
Une ancienneté moyenne de 18 ans avec une ouverture moyenne en 1995.
Des jauges de 50 à 2000 places, avec une moyenne de 466 places.
En termes de diffusion, les lieux de musiques actuelles du panel étudiés représentent 2% du volume total de la diffusion musicale identifiée par le CNV.
Le panel étudié produit 15,8% de l’ensemble des représentations payantes, rassemble 6,5% de spectateurs cumulés et génère 2,1% des recettes de billetterie cumulées.

« A propos de la commission 7, nos lieux génèrent 2% du volume total de la billetterie globale du CNV, l’argent que le CNV attribue aux lieux provient de cette billetterie. Le CNV prélève 3,5% sur la billetterie. Nous leur fournissons 3,5% de 2% de la base totale de leurs taxes et nous avons une commission spécifique. Certaines personnes estiment que ce n’est pas normal, même si le principe du financement du CNV est d’être dans une logique de péréquation : les "gros" qui génèrent beaucoup de billetterie permettent aux "petits" (qui programment plutôt de la découverte artistique et prennent des risques) d’exister.

Le système du CNV est un genre de "pot-pourri" qui participe ensuite à un mécanisme de redistribution. C’est bien à cet endroit (du fait que l’on soit faible contributeur et que l’on perçoit plus que ce que l’on donne) que se situe le débat lié à cette étude », souligne Romain Mercier. A titre d’exemple, il précise que Les Lendemains Qui Chantent reversent entre 3000 et 4000 € par an et ont touché 11 500 € en 2013.

Des chiffres-clés

- 122 lieux
- 13,5 millions d’euros de recette totale de billetterie
- 1,4 millions de spectacles
- 14,35 millions de contrats artistiques

En termes de typologie, c’est la jauge qui a été choisie comme référence car elle « calibre » l’activité de diffusion :
- les lieux de petite capacité (inférieur à 300 places) : 43%
- les lieux de capacité intermédiaire (de 300 à 800 places) : 46%
- les lieux de grande capacité (supérieur à 800 places) : 11%

Les contrats artistiques

Il y a trois types de contrats : le contrat de cession, le contrat de coréalisation, le contrat d’engagement (pour des artistes qui n’ont pas de producteur, notamment). C’est le contrat de cession qui est majoritaire et il y a une tendance à l’augmentation des contrats de coréalisation. La fréquentation entre 2010 et 2011 est stable, malgré une augmentation des entrées payantes de 3% (le taux de fréquentation
baisse de 1%) : c’est l’impact des grosses représentations. Le taux de fréquentation est le rapport entre le nombre d’entrées et la jauge utilisée.

Le prix / La billetterie

Augmentation de 5% du prix moyen du billet (ce qui correspond à une augmentation moyenne de 1 €). Cela est lié à l’augmentation du coût des contrats artistiques entre 2010 et 2011, en particulier pour les « têtes d’affiches ».
Cette augmentation se poursuit. Romain Mercier l’interprète comme étant liée à la hausse du coût des transports. Et quelques producteurs concentrent beaucoup de contrats et induisent aussi cette augmentation.

Les évolutions suivant trois indicateurs

1. Pour les recettes de billetterie, on observe de fortes progressions pour les lieux de grande capacité (8%) et une évolution moins marquée pour les autres lieux. Les indicateurs des grands lieux sont en progression contrairement aux lieux de petite capacité où tous les indicateurs sont en baisse, pour la billetterie et la fréquentation (contrairement aux coûts des contrats qui sont en constante augmentation).

2. Le taux de fréquentation est globalement stable pour les programmations découvertes : 25% des représentations ont eu un taux de fréquentation inférieur à 25 contre 23% en 2010.

« On sait bien que ceux qui font plus de 75%, ce sont les têtes d’affiche et ceux qui font moins de 25%, ce sont les plateaux "découverte" (qui sont pourtant plus intéressants artistiquement de l’avis des SMAC). Les artistes qui ont de la notoriété marchent de mieux en mieux et ceux qui n’en ont pas, de moins en moins. C’est la tendance actuelle », relève Romain Mercier.

3. Augmentation de 5% des contrats de cession. Augmentation essentiellement vue sur les contrats supérieurs à 5000 € (cela correspond à une augmentation de 4% en moyenne du montant). Les contrats inférieurs à 5000 € connaissent une légère baisse
(2%).

A propos du top artistes (les 30 qui ont le plus tourné à l’intérieur du réseau)
En moyenne, chaque artiste se produit à 2 reprises dans le réseau. L’artiste le plus programmé l’a été 21 fois.

On observe des difficultés pour monter des tournées ; 75% des contrats passés sont des contrats uniques ; et à l’inverse, ceux qui ont plus de 10 contrats (ceux qui sont dans le top 30) représentent seulement 1%. Il y a peu d’artistes qui partent en tournée (et à l’inverse une augmentation des formations musicales).

Le top 30 des artistes représente 7,3% de l’ensemble des représentations et 10,4% du budget artistique global. « Ces différentes études montrent que ce ne sont pas toujours les mêmes artistes qui tournent à l’intérieur du réseau », stipule Romain Mercier. Le même travail a été réalisé avec les producteurs. Quatre producteurs (0,3% de la totalité) ont réalisé plus de 100 contrats (8,1% de l’ensemble des contrats) : il s’agit des plus gros contrats, de très nombreux contrats étant réalisés par un petit nombre de producteurs.

L’équité territoriale

« Nous avons étudié l’ancrage territorial des différentes structures. On a une typologie en fonction de l’ancrage en milieu rural, dans des petites villes, des villes moyennes et des grandes agglomérations. Il y a une concentration sur l’Île-de-France et ses alentours, puis sur les grandes agglomérations. Les 122 lieux étudiés sont situés sur 100 communes réparties sur l’ensemble du territoire national. Depuis les années 2000, les lieux se sont multipliés », informe Romain Mercier.

Conclusion

Romain Mercier pointe les limites de ces études en raison supports utilisés (formulaire de demande de subvention qui a été réadapté en questionnaire quantitatif). Il y a des enjeux et des rapports de pouvoir très prégnants dans les rouages de ces activités (artistes, producteurs, diffuseurs, syndicats …). Par ailleurs, il serait intéressant d’aller plus loin en étudiant la manière dont sont rémunérés les artistes par les producteurs, ainsi que la part du contrat allouée pour les salaires et le niveau de prise de risque des producteurs.

La version finale présentant le détail de cette étude ainsi qu’une synthèse sera publiée en octobre 2013 et sera consultable sur le site de la FEDELIMA : http://www.la-fedurok.org/

« On peut constater que dans cette affaire, c’est une histoire de rapports de force », pointe Romain Mercier. Avec la raréfaction des budgets, il va être crucial de produire des données et de l’analyse. On ne peut pas nier qu’on est dans un rapport de force permanent.

« On sent bien que cela devient tendu pour boucler les budgets de programmations, et les tourneurs peinent également pour vendre leurs artistes. On n’a pas fini de constater des évolutions assez compliquées : le disque qui n’existe plus et l’internet qui se développe. On est à l’aube d’une transformation assez radicale de nos métiers et de notre façon de travailler. Il faut arriver à se projeter pour anticiper les changements et reconstruire les choses autrement », conclut Romain Mercier.