DYNAMIQUES
DES ARTS
VIVANTS
EN MASSIF CENTRAL

L'ACTUALITÉ DES DAV

Atelier 2 – Culture, tourisme, économie, développement local : un avenir à construire ensemble ?

Animation par Patricia Oudin, Conseil régional du Limousin (direction du développement culturel - emploi-formation des métiers de la culture, observation et évaluation du champ culturel, musiques savantes et festivals) et Simon Pourret, Directeur, LE TRANSFO.

Cet atelier interroge les interactions entre les différentes dynamiques et politiques mises en oeuvre sur les territoires, particulièrement dans les domaines de la culture, de l’économie, du tourisme et du développement local.

Simon Pourret ouvre la séance et présente la méthodologie proposée pour l’organisation de cet atelier : en petits groupes, les participants sont invités à réfléchir aux dynamiques de développement local et aux enjeux et problématiques qui s’y rattachent comme l’accueil des nouvelles populations ; la valorisation de l’offre touristique ; la création d’activités économiques et de services ; la notion de vivre ensemble et de lien social ; l’attractivité des territoires ; les services et l’offre culturelle sur les territoires ; les enjeux liés à la présence artistique sur les territoires.

Après un tour de table qui a permis à chacun de se présenter, cinq tables de travail composées de six personnes se constituent. Une restitution de la réflexion menée à chaque table a donné lieu à une restitution à l’ensemble des participants :

Table 1

Lier culture et développement territorial, s’agit-il d’un cercle vicieux et/ou vertueux ?

Les « nouveaux ruraux » sont demandeurs d’une offre et de services nouveaux sur le plan culturel, une concurrence s’exerce entre les territoires à ce sujet. La question de la valorisation touristique est un enjeu pour les territoires : on développe beaucoup de choses pour les touristes et finalement, peu pour la population locale.

Il est essentiel de développer de nouvelles méthodes de travail entre le tourisme et la culture. Créer du lien social par le biais de la culture, cela peut fonctionner à condition qu’il y ait une appropriation par la population, cela sous-entend un véritable travail de médiation en amont. Des lieux comme La Lampisterie sont de bons exemples de réussite à ce niveau.

Table 2

La culture crée du lien social sur les territoires ; la notion de proximité est essentielle, les actions de sensibilisation et la médiation culturelle sont indispensables.

L’appropriation par la population est parfois difficile ; il faut aussi sortir des lieux de spectacles. Il faut acter le fait qu’une grande partie de la population n’a pas d’intérêt pour la culture, malgré la gratuité qui est souvent proposée La culture rurale souvent axée sur la convivialité a parfois du mal à s’ouvrir à la nouveauté. L’économie de la culture est souvent précaire.

Au-delà de la question de la culture et des territoires, il y a de réels problèmes sociaux et économiques dans notre société que la culture ne peut résoudre.

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Table 3

Le débat a porté essentiellement sur les territoires et sur les projets culturels de territoire. L’adhésion de la population est souvent difficile, cela ne va pas de soi ; même si les conditions sont réunies (projet adapté, élus engagés).

Comment les élus peuvent-ils être éclairés par des gens qui connaissent le secteur culturel afin de savoir ce qu’il est judicieux de réaliser ? Comment mesure-t-on les retombées de la culture sur un territoire ? Les élus ont souvent en tête les événementiels qui sont « censés » rapporter au territoire. Il y a une concurrence telle qu’à force de se concurrencer les uns les autres par rapport à nos territoires, on finit par tous s’appauvrir.

Cette concurrence entraîne une division du public.
- importance de la médiation et de l’éducation artistique et culturelle,
- importance de développer la notion de patrimoine immatériel.

Entre « territoires vivants » et « territoires récréatifs », il y a une tendance et un risque de clivage. Les élus ont tendance à considérer le territoire rural comme récréatif, or, il doit aussi être un territoire vivant.

Table 4

Pourquoi et en quoi les projets culturels participent-ils au développement local ?
La culture intégrée comme un levier pour le développement local, à l’instar de l’économie du tourisme, nous en sommes très loin, la culture n’est pas une priorité.

Comment être mieux compris par les décideurs ? Est-ce qu’ils ne veulent pas entendre ou est-ce que ce sont les acteurs culturels qui ne savent pas faire comprendre l’impact que peut avoir la culture sur le développement d’un territoire ?
La culture se fait souvent par une entrée qui n’est pas directement liée au secteur culturel (entrée par le tourisme, la jeunesse…).

Pour les élus, elle ne se suffit pas à elle-même, il faut souvent la justifier et la culture reste perçue comme élitiste et accessoire. Les trois premiers critères d’installation sur un territoire sont l’emploi, les services de proximité et l’offre culturelle, ce qui montre l’importance de la culture.

Rattacher la culture à d’autres secteurs peut avoir un effet pervers, le champ culturel doit aussi revendiquer son existence, ses spécificités. Le fait que les projets culturels répondent au besoin local n’est pas forcément quelque chose de conscient ou d’exprimé par la population.

Le préalable est le lien social et l’adhésion de la population : en « travaillant » le lien social on va pouvoir « faire » de la culture et inversement, un aller-retour, une alchimie se créeront entre les deux.
Sans la base de l’offre de services, l’offre culturelle va devenir accessoire. L’exemple du bureau de presse d’Ardes-sur-Couze en est une excellente illustration : racheté par la Communauté de communes car il n’y avait pas de repreneur, c’est devenu un lieu multiservices, facteur d’attractivité, et c’est aussi une fenêtre sur la population locale, un espace intermédiaire où se créé du lien social.

Table 5
Question de l’attractivité liée à l’offre culturelle. L’attractivité, pourquoi en avons-nous besoin ?

Nos territoires ont une population vieillissante et cette question de l’attractivité se justifie pleinement. Avoir une réflexion autour des projets dont le but est l’attractivité.

Quelles sont les effets sur les populations locales ? L’attractivité ne se fait-elle pas parfois au détriment des habitants ? La Manufacture à Aurillac est prise en exemple comme facteur d’attractivité bénéfique à tous et la Genette Verte est prise en
exemple comme étant un véritable lieu de vie pour les habitants.

Il est nécessaire de reconnecter la culture aux autres secteurs : développement économique, social… Faire de la culture un support au développement économique et social. Quelle est alors la place de l’artiste dans ce contexte-là ?
Quelle place reste-t-il à la création, à la « bulle » de l’artiste ? Ces questions semblent importantes à se poser.

Le témoignage de Julia Steiner
« Il y a eu un énorme changement quant à la place sacrée de l’artiste et de la création. La culture est souvent utilisée comme un outil "au service de", mais c’est aussi ce qui permet de sensibiliser et d’amener la population et le public à la culture », introduit-elle.

Chargée de mission à l’IPAMAC (réseau des Parcs naturels du Massif central), Julia Steiner en présente les grands principes.

Les 10 Parcs naturels du Massif central concourent au développement territorial durable du Massif central, dont ils couvrent un tiers du territoire. Ils sont réunis au sein de l’association IPAMAC dans un esprit d’expérimentation, d’innovation et de partage d’expériences.

L’IPAMAC, c’est cinq ans d’engagement en faveur de la culture considérée comme levier de développement des territoires ruraux et vitale pour ceux-ci.
L’IPAMAC a accompli un gros travail autour de l’accueil de nouveaux arrivants, travail lié à la désertification du Massif central, axé beaucoup autour de la question économique (l’emploi…).

Une action incitant les artistes à aller à la rencontre de la population a été conduite. La présence des artistes et les actions de médiation ont permis de recréer du lien social. Une étude pluridisciplinaire a été lancée par l’IPAMAC sur les cafés, les bistrots du Massif central qui constituent des lieux de vie sur nos territoires.

Le but de cette démarche était de trouver des solutions pour faire revenir les gens dans le Massif central et la culture s’est avérée un excellent biais pour y parvenir. Cela permet des retombées économiques pour les bistrots car la culture attire
aussi un public spécifique. Les élus sont sensibles à cela car la venue du public, la communication inhérente… ont un impact sur l’économie des communes.

Les projets et expériences menés par l’IPAMAC prouvent que la culture peut nourrir un projet de société. « Il est capital d’ouvrir les yeux aux élus en leur faisant prendre conscience qu’il n’est pas seulement question de l’impact de la production artistique, de spectacles, de la création mais que cela va bien au-delà », conclue Julia Steiner.

Conclusions par Patricia Oudin,

« Nous avons abordé la culture comme projet collectif ; projet économique ; projet de territoire ; projet de population », synthétise-t-elle. A partir des réflexions et des thèmes abordés lors de cet atelier, Patricia Oudin relève, en guise de résumé, un certain nombre de questions importantes :
- Faut-il garder la culture comme une entité ou doit-elle être partout ?
- Est-ce la culture « à côté de » ou la culture « dans » ?
- Quelle est la place de la population, comment l’intégrer ?
- Comment la population peut-elle impacter la création ?
- La place de l’artiste sur les territoires est réinterrogée.