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Atelier 1 – Pour un nouveau plaidoyer pour la culture et les arts à travers le développement de nouveaux indicateurs

Au même titre que le revenu et l’emploi, la santé, l’environnement, l’éducation, l’égalité et la gouvernance, la culture agit sur le bien-être de la population et sur la croissance. Pourtant, la culture n’apparaît pas dans les indicateurs alternatifs au PIB, comme par exemple l’Indice de Développement Humain (IDH), l’Indice de Santé Sociale (ISS) ou d’autres* qui mesurent le bien-être et le progrès sociétal.

* Indice de Bonheur national brut (BNB) créé par le roi du Bhoutan en 1972 ; L’indicateur de Pauvreté Humaine du PNUD en 1997
Les indicateurs sociaux, proposés par Jacques Delors ; Le Subjective Well-Being Measurement (SWBM) : l’Indicateur de progrès véritable ; L’épargne nette ajustée etc.

La Commission européenne a engagé une réflexion sur l’adaptation du PIB et sur la nécessité de le compléter avec des indicateurs plus adaptés à nos besoins et à nos défis d’aujourd’hui. Elle encourage les responsables politiques à tous les niveaux et la société civile à adapter leurs indicateurs à un "monde en mutation" aussi bien politiquement qu’économiquement pour que ceux-ci répondent aux préoccupations des citoyens.

Quelles sont vos idées pour que la culture soit considérée comme un indicateur qui agit sur le bien-être ? Comment pourrions-nous agir ?

Co-animé par le « Groupe pilote », "Pour un nouveau plaidoyer pour la culture et les arts en Auvergne à travers le développement de nouveaux indicateurs", Nicole Combezou, LE TRANSFO et David Irle, Réseau en scène Languedoc-Roussillon.

« Groupe-pilote » :
Pierre-Julien Canonne, Festival Les Cultures du Monde / Marie-Pierre Demarty, Administratrice de production / Rosalie Lakatos, Les Navigateurs / Emmanuelle Perrone, Cultures Trafic / Odette Roquette, Association des Libraires Indépendants en Région Auvergne (LIRA) / Sébastien Saint-Martin, Compagnie En Même Temps / Sabine Thuillier, Association Pixel / Agnès Timmers, Festival Musiques Démesurées / Claudine Van Beneden, Compagnie Nosferatu Production.

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Introduction

Nicole Combezou rappelle que chaque participant inscrit à l’atelier a reçu par mail des documents permettant d’avoir une base commune d’information. Il s’agit de :
- Le dossier récapitulatif des indicateurs alternatifs au PIB car, pour évaluer la richesse produite par un territoire, de nombreux indicateurs économiques, sociaux et multidimensionnels existent.
- Les Droits culturels : La Déclaration de Fribourg qui constitue une base pour évaluer les projets culturels au regard du respect des droits culturels (qui font partie intégrante des droits de l’homme et doivent être interprétés selon les principes d’universalité, d’indivisibilité et d’interdépendance).

Quelques éléments de contexte pour comprendre d’où vient la proposition de cet atelier.

Le point de départ vient d’un échange réalisé au cours d’une réunion du réseau « Europe » (organisée par LE TRANSFO en février 2012) de présentation de la nouvelle stratégie de l’Union européenne pour la période 2014-2020, Europe 2020, une stratégie pour une croissance intelligente, durable et inclusive.

Nous avons débattu autour de la notion de « croissance » et de « compétitivité » et sur l’incapacité du secteur de la culture à montrer qu’il participe à la croissance du pays parce qu’il crée des richesses, mais quels types de richesses ? La culture joue un rôle fondamental dans la construction sociale, elle concourt à l’accroissement de la richesse d’un état, d’une région et du bien-être des populations. La culture favorise le progrès social, participe au développement de l’intelligence humaine et produit de la connaissance.

De quels « indicateurs » disposons-nous pour le montrer ?
Nous connaissons tous le PIB (produit intérieur brut, créé en 1934 par le prix Nobel d’économie Simon Kuznets), indicateur économique mesurant le niveau de production d’un pays en matière de biens et services. Il mesure la richesse d’un pays mais Simon Kuznets affirmait lui-même que « la mesure du revenu national peut difficilement servir à évaluer le bien-être d’une nation ».

Quand bien même le secteur de la culture représenterait 2,6% du PIB européen et le chiffre d’affaires des industries créatives en Europe serait deux fois plus élevé que celui de l’automobile, on constate partout en Europe le recul des budgets publics pour la culture.

Le secteur culturel se présente toujours comme agissant sur l’émancipation de la personne, celui qui détiendrait « la source de l’épanouissement », alors comment faire ? Comment montrer que la culture a une influence sur le bien-être des populations ?
Si la culture est une « ressource » pour accéder à plus de bien-être (qui peut être plus de liberté et d’égalité, Déclaration universelle des droits de l’homme), cela ne va pas de soi.

Cela fait un an et demi que le Groupe-pilote se voit régulièrement, il souhaite maintenant franchir une étape dans le processus de recherche de ce que pourraient être ces nouveaux indicateurs en posant comme postulat que les indicateurs ne sont pas que dans une « logique quantitative » (issus du PIB), s’appuyant pour cela sur le texte de Allain Caillé – Les indicateurs de richesses alternatifs, une fausse bonne idée, réflexions sur les incertitudes de la gestion par le chiffre (revue Mauss permanente, 25 octobre 2010).

D’autre part, ce qui alimente notre réflexion ce n’est pas la question de l’accès à la culture comme ressource (qui renvoie aux notions de démocratisation de la culture, de développement des publics, de médiation et d’éducation artistique, qui ne sont pas les sujets sur lesquels travaille le Groupe-pilote).
Il s’agit pour le Groupe-pilote de montrer, au-delà de la déclaration d’intention (qui
ne convainc que le « milieu »), en quoi la culture est une ressource non pas seulement pour un territoire pour le rendre attractif (pourquoi pas) mais pour la mise en capacité de la personne pour accéder à plus de bien-être, de faire ses propres choix (d’égalité, de liberté…).

La question est : « En quoi, moi acteur culturel, dans l’écosystème de la culture, je suis une ressource ? » Comment passer de la déclaration d’intention à plus de tangibilité de notre action d’acteur culturel ? Nous en sommes là. Le Groupe-pilote s’est réuni régulièrement, il a travaillé autour de la question des indicateurs, nous avons lu des documents sur le sujet.

Le Groupe-pilote a maintenant choisi de « sortir de l’ombre » et d’élargir le cercle pour faire émerger des idées et des réflexions pour poursuivre et enrichir le travail car il se pose beaucoup de questions. C’est un travail inédit, expérimental qui met en question beaucoup de choses. Il faut changer notre argumentaire car le discours sur la culture ne s’est pas légitimé auprès des gens. Nous devons nous transformer et avoir une vision prospective.

Enfin, le Groupe-pilote se situe modestement, il souhaite apporter une contribution à la nécessaire reformulation des politiques publiques de la culture, mais pour autant, il n’a pas la prétention de travailler à un indicateur mondial mais à des indicateurs
applicables à notre territoire.

Objectif de l’atelier
L’objectif de l’atelier est d’élargir la réflexion que conduit depuis un an le Groupe-pilote autour de la question : « Si la culture contribue au bien-être de la population, produit des richesses et contribue à la croissance des pays, de quels indicateurs disposons-nous pour le démontrer et ré-argumenter ainsi notre discours sur la culture alors que partout en Europe les budgets consacrés à la culture diminuent ? »

L’atelier se déroule en quatre temps et en petits groupes avec mise en commun :
- Premier temps : il s’agit de définir quelles sont les parties prenantes qui interagissent dans le monde aujourd’hui et influencent les sociétés.
- Deuxième temps : quelles sont les tendances qui se dégagent de ces parties prenantes ?
- Troisième temps : quelle serait la société idéale en 2030 ?
- Quatrième temps : en quoi la culture est une ressource pour aller vers cette société idéale ?

Le Groupe-pilote demande aux participants pourquoi ils ont choisi de s’inscrire à cet atelier ?
- Solange Charlot est confrontée aux limites des grilles d’évaluation du programme Leader.
- Luc Guérant a été interpellé par l’intitulé de l’atelier et le terme « plaidoyer ».
- Dominique Touzé pose les questions suivantes : Pourquoi la culture ne rentre-t-elle pas dans les indicateurs de richesse ? Les acteurs culturels en portent-ils la responsabilité ?
- Danielle Rochard : Comment la culture peut-elle apporter une richesse aux personnes qui manquent de tout ?

Premier temps de l’atelier : Définition des parties prenantes qui influencent notre société aujourd’hui ? – Elaboration de la carte mentale des parties prenantes.

Banques, Multinationales, Commerce / Décroissants, Croyants, Idéalistes /
Prolétariat, Exclus, Chômeurs / Citoyens, Consommateurs
/ ONG, Associations / Politiques, Elus, Gouvernements, Administration, Technocrates / Enseignement, Education / Internet, Médias, Réseaux Sociaux / Ordre / Santé / Poètes, Artistes.

Deuxième temps de l’atelier : Quelles sont les tendances qui influencent notre société, nos vies ?
- Banques, Multinationales, Commerce : déshumanisation des marchés ; recherche du profit ; transaction de plus en plus rapide ; répartition des richesses déséquilibrée ;
- Décroissants, Croyants, Idéalistes et Poètes, Artistes : perte des repères liés aux valeurs traditionnelles ; radicalisation des forces supérieures et appauvrissement des signes ;
- Prolétariat, Exclus, Chômeurs : une plus grande exclusion ; catégorisation des exclus ; augmentation du communautarisme ; une société plus urbanisée qui ghettoïse ; moins de syndicats ; moins de solidarité ; une augmentation des groupes autonomes et alternatifs ; un changement de la valeur travail ; plus de pression et sentiment de mal-être ;
- Citoyens, Consommateurs : consommer plus, moins cher et plus rapidement et en masse ; en parallèle aussi volonté de consommer moins et mieux, de façon plus intelligente ; une capacité à la mobilisation qui semble poussée plus par l’individualisme que par des idéaux ; un plus grand désir de donner son avis et de participer à la définition du destin commun ;
- ONG, Associations : plus grand rôle des sociétés civiles dans l’économie et dans les sociétés ; part importante des associations dans l’économie ; de plus en plus de partenariats internationaux portés par l’économie ;
- Politiques, Elus, Gouvernements, Administration, Technocrates : de moins en moins de temps pour aller à la réflexion ; dominance du sentiment de court terme ; de plus en plus de radicalisation et de populisme ; amenuisement des moyens financiers ; baisse de la confiance dans les politiques ; de moins en moins de maîtrise de l’image ; de moins en moins de pouvoirs de décision et un changement des sources d’influence ;
- Éducation, Enseignement : nouvelles formes d’enseignement ; l’enseignement est concurrencé par d’autres sources ; l’enseignement est plus accessible mais avec une grande part d’exclusion ;
- Internet, Médias, Réseaux Sociaux : de moins en moins de médias traditionnels ; augmentation du poids d’Internet ; dématérialisation et changement du mode de diffusion de plus en plus immatériel ; Information de plus en plus rapide et facile d’accès ; Information peu vérifiée et moins professionnelle ;
- Ordre : un ordre mondial ; plus grand contrôle par les médias ; par le numérique ; plus de surveillance.

Troisième temps de l’atelier : quelle serait la société idéale en 2030, se projeter dans le futur vers une société idéale ?

« En 2030, la société idéale sera une société qui..... » : propose un rapport au temps de plus grande qualité ; privilégie le long terme ; respecte la dignité de la personne ; propose un meilleur accès à la richesse ; préserve l’environnement ; offre plus de respect et de confiance ; met l’innovation et le progrès au service de l’humain ; donne sa chance à chacun, égalité des chances ; donne à chacun la possibilité de participer aux décisions ; développe la liberté de pensée et d’action ; fonde les relations sur plus de réciprocité et de collectif ; équilibre le rapport homme/environnement.

Quatrième temps : En quoi la culture est une « ressource » qui va contribuer à aller vers cette société idéale ?

Comment vais-je contribuer à avancer ? En quoi concrètement ce que j’amène nous permet d’aller vers un meilleur avenir ?
Plan d’actions : s’emparer des nouveaux médias pour coopérer ; se déplacer, se rencontrer pour plus de collectif, plus de solidarité, se parler, se connaître ; élargir la communauté de travail avec des professionnels non culturels ; proposer des projets à échéance longue.

Nicole Combezou conclut l’atelier, en rappelant que le Groupe-Pilote est dans une phase expérimentale. Le Groupe-Pilote est ouvert à de nouvelles approches et invite chacun des participants à contribuer à son enrichissement.

Celui-ci va poursuivre ses recherches et organisera d’autres temps de réflexion à la rentrée pour faire circuler l’information, susciter le débat, sensibiliser les acteurs et in fine produire une ou plusieurs actions concrètes : comme proposer une grille d’évaluation ; travailler au plaidoyer. Elle remercie tous les participants de leur contribution même si le temps a manqué pour la quatrième partie.